Macky Sall-Thierno Alassane Sall : histoire d’une amitié impossible
Le Président Macky Sall s'est séparé d'un ministre qu'il porte pourtant dans son coeur.

Macky Sall-Thierno Alassane Sall : histoire d’une amitié impossible

Le Président Sall venu présenter les condoléances à son ministre
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Même ceux qui se déclarent ses amis au Conseil des ministres, peu nombreux, en témoignent : il existe entre Macky Sall et Thierno Alassane Sall, quelque chose d’impossible. Thierno Alassane Sall aime polémiquer. Vouloir toujours avoir le dernier mot, jusqu’à l’agacement. Si bien qu’il y a environ deux semaines, quand il a voulu défendre l’existence d’une structure identique au Cos-Petrogaz dans son ministère, des collègues agacés lui ont lancé : « Thierno, laisse au moins le Président avoir le dernier mot. » Quand il prend la parole à la suite d’une interpellation, ses camarades savent à l’avance que la réunion va tirer en longueur, et que les débats ne finiront pas tant que le ministre de l’Energie n’aura, contre-argument sur contre-argument, conclu sa démonstration la poitrine haletante comme un cheval de course, le menton bien monté. Au point d’irriter Macky Sall, peu disert et d’indisposer le Premier ministre, poli comme un seminariste.

 

Thierno Alassane Sall est un teigneux. Il défend ses idées jusqu’au bout, marque son désaccord, dans un régime où le Président de la République est tout de même le patron de l’administration et le seul détenteur de la légitimité. Lors de sa visite d’Etat à Paris, Macky Sall a dû batailler, peser de tout son poids pour que son ministre, présent malgré lui, daigne signer le mémorandum avec les français. « Il boude encore », a même déclaré le Président Sall, taquin. Thierno Alassane se fait une idée très aigue de sa mission nationale. « Je pense que nous devons voir si nos intérêts sont vraiment pris en compte dans cette affaire », clame-t-il quand on lui demande de signer.

Dans l’affaire Pape Alé Guèye, comme avant dans l’affaire Cheikh Amar, qu’il a voulu jeter en prison, Thierno le patriote veut aller plus vite ou plus loin que ses maîtres. Pour lui, un voleur est un voleur, mérite d’aller en prison. « Il y a trois ans, à Pékin, il a refusé de saluer Cheikh Amar et Pierre Goudiaby Atepa, qui étaient les invités du Président de la République. Les sieurs Amar et Atepa notamment, qui avaient un contentieux avec l’Artp sur plusieurs milliards de francs, ont suscité son courroux. Ils avaient empoché le financement d’un immeuble jamais construit. Pour Thierno Alassane, il fallait que l’homme d’affaires aille en prison. Les choses ne sont pas aussi simples. Les voies de la politique sont comme celles du seigneur, elles sont insondables.
Lors de ce voyage, Thierno Alassane va de nouveau s’illustrer, en refusant de signer un contrat pour le renouvellement du parc des camions gros porteurs. Une aubaine pour le Sénégal, concurrencé rudement par les camions maliens du fait de la vieillesse de son parc. « Je n’ai pas où mettre 4000 camions », avait-il avancé comme seul argument. Ses rapports avec le Président de la République étaient si heurtés que ce dernier finira par profiter des législatives perdues à Thiès pour… le démettre. Mais Thierno ne s’avoue jamais vaincu.

 

C’est Makhtar Cissé, nommé Directeur de cabinet, qui va travailler au rapprochement entre les deux et signer la paix des braves. Pas à n’importe quel prix. Thierno Alassane Sall accepte de revenir à la seule condition de redevenir ministre, rien de moins. « Je suis parti comme ministre, je dois revenir comme ministre », assure-t-il d’emblée. Il refuse le poste de Dg de la SENELEC qui lui était proposé et qui lui convenait, du fait de son profil d’ingénieur. « C’est une boîte pourrie, c’est un piège, il veut que j’échoue. En plus, vraiment, je ne peut pas avoir été ministre et devenir Dg », argumente fermement le responsable des cadres de l’Apr. Macky Sall finira par céder.

Ce que Thierno Alassane Sall a refusé, Macky Sall va l’accepter. Au nom de la République. Mais il n’en a pas fallu longtemps, pour que les divergences s’étalent. Makhtar Cissé le douanier va réussir là où Thierno Alassane l’ingénieur électromécanicien croyait échouer. « La personnalité de Makhtar a certainement gêné. Il est compétent, talentueux et le Président Sall a eu tendance naturellement à sauter son ministre, ce qui n’a pas été pour faciliter les choses », témoignent des amis communs.

Lors de l’inauguration de la centrale électrique de Bokol, le Chef de l’Etat, dans le discours qui lui a été préparé, a malencontreusement sauté le ministre de l’Energie, en faisant la part belle au fils de Dagana. Suprême humiliation pour Thierno Alassane. Mais c’est à sa première séance au Conseil des ministres que le Thierno Alassane nouveau s’est d’abord révèle, identique à l’ancien. La même morve, la même gaine, toujours à l’éternel recommencement. Et tout le monde s’en est trouvé ébahi. Le corps tourmenté qui l’habitait ne l’avait pas encore quitté. Le rictus au bas de sa joue gauche non plus.
Depuis son retour de Paris, le Président de la République lui demande de préparer et signer une convention d’exploration avec le français Total. Thierno Alassane Sall a toujours fait la même moue, arguant une absence de véritable offre, de prise en compte des intérêts du Sénégal, de traitement trop favorable à Total. Macky Sall n'avait jamais imaginé que son ministre le défierait, même en présence d'une délégation étrangère. Un affront de plus. Et de trop. Ce n’est qu’excédé, poussé à bout, que Macky Sall, qui ne voulait pas toucher à son gouvernement avant la fin des législatives, a fini par céder, las des caprices de son ministre, fatigué de le rappeler à l’ordre.

 

Abdoulaye FALL

 







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